Sarkozy rattrapé par la Justice

justiceParce qu’il se sait devenu totalement inaudible, qu’il a tout raté et en particulier sa politique sécuritaire, entreprise quand il était Ministre de l’Intérieur et poursuivie devenu Président, Sarkozy en est réduit à exploiter le malheur. La moindre affaire criminelle le jette sur les routes pour de fréquentes apparitions télévisées : le teint blême, le front plissé, les mâchoires crispées et le doigt pointé pour stigmatiser les responsables, traduisez l’appareil judiciaire et les juges.
Le tout dans la précipitation, sans prendre le temps, cas par cas, d’examiner le dossier.

Ainsi, pour la tragique affaire Laetitia, Sarkozy aurait pu constater que même si tous les services avaient rempli leur rôle, le présumé coupable, Tony Meilhon, était à l’époque des faits normalement en liberté et entièrement libre de ses mouvements. Comme le risque zéro n’existe pas, inévitablement, le chemin d’une Laetitia peut croiser celui d’un délinquant sexuel récidiviste ou non.
Avec le souci de plaire à l’opinion, qu’il croit attirée par la sirène lepéniste, érigeant le « populisme pénal en véritable système politique » et en campagne électorale permanente, le candidat président a allumé la mèche d’une bombe à retardement. Les juges incriminés se sont révoltés, c’était l’attaque de trop.
Déjà ils avaient du subir les sarcasmes de Sarkozy les comparant à des « petits pois », le quasi démantèlement du « pôle financier » dont les juges étaient seuls capables de s’opposer aux appétits des nantis et des puissants, la disparition annoncée des juges d’instruction magistrats réputés trop indépendants et indociles, les nominations de Procureurs de la République complaisants contre l’avis, faits rarissimes, du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Au cours de l’invraisemblable feuilleton Betancourt, les français ont pu apprécier comment, avec la complicité d’un Procureur de la République aux ordres, un ministre avait pu, contre toute attente, se maintenir à son poste.
Pour l’affaire Laetitia les juges ont rappelé à leur accusateur qu’ils ne disposaient pas des moyens nécessaires pour répondre aux demandes de la société et des justiciables et, pour faire bonne mesure, ils se sont mis en grève.
La surprise a du être forte, pour ceux qui ne fréquentent pas l’institution judiciaire, d’apprendre la profonde misère des tribunaux et la très grande insuffisance des moyens donnés aux services pénitentiaires. De constater également que, contrairement à la vilaine attaque de Sarkozy, les juges ne réclamaient rien pour eux, mais des moyens matériels décents pour rendre la justice et pour le contrôle de leurs décisions. Notamment en matière pénale pour les condamnés, pendant et après l’exécution de leurs peines.
En dépit des déclarations mensongères de Sarkozy, le budget français de la justice est l’un des plus faibles d’Europe. Le président candidat a fait claironner et voter après chaque fait divers tragique des lois, toujours plus nombreuses, notamment pour lutter contre la récidive. Mais les moyens ne suivent pas. Les français, instruits par l’affaire Laetitia, ont pu mesurer le manque cruel de médecins et de conseillers d’insertion et de probation pour suivre les agresseurs sexuels à leur sortie de prison. Ainsi a-t-il pu être écrit dans cette triste affaire que « si les promesses étaient tenues la victime serait peut être encore en vie ».
Les rapports d’inspection demandés ont mis clairement en lumière l’absence de fautes de l’institution judiciaire. Les magistrats s’attendaient, à défaut d’excuses, à des annonces correctives au profit de l’institution judiciaire. De tout ce débat, l’opinion publique a retenu que rien n’allait changer après les déclarations du nouveau Ministre de la Justice, confit de certitudes, et satisfait du montant du budget de la justice. Seule la révocation d’un malheureux lampiste aura été annoncée !
Il s’ajoute que la lutte contre la délinquance, l’insécurité, ce n’est pas seulement l’affaire de la police et des juges mais c’est aussi, en amont, la nécessité d’une puissante politique de prévention.
Mais la prévention (quartiers défavorisés, chômage, situations de précarité, conduites à risque : drogue, alcool…) c’est long, c’est coûteux et quand ça réussit ça ne se voit pas. Un peu comme les trains qui arrivent à l’heure et dont on ne parle pas. Soit un fonctionnement aux antipodes de la pensée de notre vibrionnant candidat président qui ne se nourrit que d’effets d’annonce, qui déplace quotidiennement ses centres d’intérêt pour occuper en permanence la scène médiatique.
On comprend alors que le premier geste de SARKOZY, devenu Ministre de l’Intérieur, avait été de défaire ce qui avait été mis en place par le Gouvernement Jospin en matière de police de proximité, de présence dans les quartiers, de maillage du territoire. Aujourd’hui les policiers sont des Robocops qui, ayant déserté les quartiers difficiles, y reviennent pour des opérations coup de poing qui se soldent par des échecs retentissants et l’hostilité des populations abandonnées.
Bref le président candidat préfère incarcérer dans des établissements surpeuplés où les prisonniers sont livrés à eux mêmes et sans traitement, fautes de moyens, ce qui complique leur réinsertion en fin de peine ;
Or jamais les prisons n’ont été aussi pleines ; magnifique terreau pour faire lever une population de délinquants récidivistes qui, à la sortie, croisent le chemin de….

PS : Parole de juge : «désormais les plus de 70 ans peuvent demander une libération conditionnelle dès le début de leur peine. Et c’est qui les condamnés de plus de 70 ans ? Des agresseurs sexuels. On est dans la schizophrénie judiciaire, il y a des fois, on a envie de leur donner les clés du palais de justice »
Dans la pénible affaire Florence Cassez, l’ineffable Michèle Alliot Marie, à l’instar de son mentor Sarkozy, a insulté les juges de la Cour de Cassation mexicaine (le plus haut degré de juridiction de ce pays) en qualifiant la décision judiciaire rendue de « déni de justice » et de « justice inique ». MAM a du confondre et croire qu’elle s’adressait à des magistrats français. Souvenez vous de la manifestation de policiers, en tenue et dans leurs voitures de fonction, en faveur de leurs collègues « ripoux » normalement et sévèrement condamnés par le Tribunal de Bobigny. Le Ministre de l’Intérieur avait alors soutenu la manifestation des policiers !