Interview de Robert Badinter

GPSO

Robert Badinter, ancien sénateur des Hauts-de-Seine et garde des sceaux sous la présidence de François Mitterrand, a défendu le projet de loi visant à abolir la peine de mort en France qui a été adopté en 1981.
Trente ans après son abolition, il répond aux questions de l’Action sévrienne.

1) 30 ans après la loi, une fraction non négligeable de l'opinion publique continue encore de penser que la peine de mort devrait être rétablie, notamment pour des crimes particulièrement odieux. Votre combat n'aura-t-il donc jamais de fin ? Quel message la gauche doit-elle porter face à l'irrationalité du message insécuritaire martelé par une large fraction de la droite ?
Je rappelle qu'aujourd'hui le rétablissement de la peine de mort est impossible. Cette impossibilité résulte à la fois des engagements internationaux de la France, et de sa Constitution. La France a en effet ratifié les deux protocoles, ns° 6 et 13, du Conseil de l'Europe, et le protocole additionnel au Pacte sur les droits civils et politiques des Nations Unies qui tous trois prohibent pour toujours le recours à la peine de mort. En outre, en 2007, le Président Chirac, dans le prolongement de l'action de François Mitterrand, a fait inscrire l'abolition de la peine de mort dans la Constitution française. Il ne peut s'agir donc que de gesticulation médiatique de la part de ceux qui aujourd'hui prônent son rétablissement.
2) Des voix s'élèvent, comme celle d'Amnesty international, pour dire que l'abolition doit s'accompagner d'une révision profonde du système carcéral pour les peines de longue durée. N’est-il pas urgent de compléter votre loi par une organisation plus claire, plus humaine, des peines de substitution ?
J'ai initié en 1983 une réforme de la condition carcérale. Mais c'est une question qui demeure d'actualité en dépit des progrès réalisés depuis 30 ans. Il faut continuer la lutte.
3) Trente ans après le 18 septembre 1981, une centaine de pays ont entendu votre message et décidé d'abolir la peine de mort. Et pourtant la Chine, les USA, l'Iran et d'autres grands pays continuent d'appliquer la peine capitale. N'est-il pas temps que la France prenne une initiative, par exemple à l'ONU, pour relancer le combat pour son abolition ?
Cette initiative a déjà été lancée par l'Union européenne et évidemment soutenue par la France. Elle a abouti à l'adoption de trois résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies demandant un moratoire universel sur le recours à la peine de mort, dont la dernière en décembre 2010. Je suis persuadé que l'abolition de la peine de mort est en marche partout dans le monde, portée par des milliers de militants abolitionnistes.
4) Votre vie politique, comme ministre, puis comme sénateur, a été marquée par un combat incessant pour une grande cause qui touche au cœur même du progrès de l'humanité. Quelle grande cause auriez-vous le souhait de prendre à bras le corps aujourd'hui ?
Améliorer la condition des mineurs en danger ou délinquants dans la plupart des Etats est à mes yeux une priorité à laquelle je consacre déjà beaucoup d'énergie, avec l'Unicef notamment. Je continuerai naturellement d'œuvrer en ce sens après mon départ du Sénat.