Argent, mensonges et scandale en Sarkozie

Dans un précédent article de l’ACTION SEVRIENNE, « Sarkozy rattrapé par la justice »  nous écrivions « au cours de l’invraisemblable feuilleton Bettencourt, les français ont pu apprécier comment avec la complicité d’un Procureur de la République aux ordres, un ministre de la république avait pu, contre toute attente, se maintenir à son poste ». Le ministre était Eric Woerth qu’il fallait alors protéger envers et contre tous, chargé qu’il était de mener la « réforme » des retraites voulue et imposée par Sarkozy.

 

L’affaire Bettencourt était à l’origine un conflit familial. La fille de Madame Bettencourt avait déposé une plainte pour abus de faiblesse sur sa mère. L’entourage de Madame Bettencourt avait en effet obtenu des sommes d’argent, dont les montants dépassaient l’entendement, profitant à l’évidence de la « démence mixte » et de la « maladie d’Alzheimer à un stade modérément sévère » diagnostiquées, ce qui devait provoquer la mise sous tutelle de l’intéressée. Ce conflit familial a été fortement médiatisé au regard des sommes en jeu et de la détention par Madame Bettencourt, la femme la plus riche de France, d’une part importante du capital de la société L’Oréal, laissant craindre la déstabilisation de l’entreprise employant plusieurs milliers de salariés. Cette affaire, qui aurait pu connaitre d’éventuelles complications d’ordre économique à l’égard de la Société l’Oréal (mais le capital sait se garder) a dégénéré en scandale politique, judiciaire, voire policier.

 

Scandale politique parce qu’il a été affirmé qu’Eric Woerth, alors trésorier de l’UMP et il s’agissait alors de financer la campagne électorale de Sarkozy, aurait reçu des fonds de Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de Madame Bettencourt. On apprenait dans le même temps que Florence Woerth, épouse d’Eric, avait été embauchée par la Société Clymène, société gérant la fortune de Madame Bettencourt et dirigée par le même de Maistre. Il devait s’ajouter la Légion d’Honneur reçue par ce dernier après intervention d’Eric Woerth.

 

La relation de cause à effet entre ces évènements, qui aveuglerait un enfant de 5 ans, n’est pas perçue par l’ancien ministre qui « conteste tous les faits » et qui « dément avec force » avoir reçu la moindre espèce. De même cet ancien ministre continue à nier avec vigueur l’existence d’un conflit d’intérêts entre sa situation d’alors de ministre du budget, chargé des évadés fiscaux dont Madame Bettencourt, et celle de son épouse recrutée par la société Clymène. Lorsque le rôle joué par Eric Woerth a été mis en lumière, il défendait, sous une nouvelle casquette, la « réforme » des retraites, et il avait été décidé de ne pas le démissionner avant l’adoption de la loi.

 

L’affaire Bettencourt s’est alors enlisée et, pour sauver le soldat Woerth, le Juge Courroye, Procureur de la République de Nanterre, a tout entrepris pour qu’un juge d’instruction (dont la nomination aurait été plus que normale dans ce type d’affaire) ne soit pas désigné. Il gardait ainsi la haute main sur le dossier pour mener l’instruction à sa guise. Ce qui explique que le feuilleton Bettencourt ait pu s’éterniser entre examens médicaux, interviews lamentables à la télévision et déclarations confuses des protagonistes. Face à cet enlisement une Présidente de Chambre du Tribunal de Grande Instance de Nanterre a pris sur elle de brusquer l’instruction du dossier à l’aide de ses pouvoirs propres. D’où le conflit ouvert entre la Juge et le Procureur et les saisines diverses de tribunaux à leur requête. Cruelle illustration de la nécessité de maintenir le juge d’instruction que Sarkozy voulait supprimer au profit du seul du…Procureur de la République. Un Avocat Général (super Procureur), un temps favorable à cette réforme est revenu sur son avis en déclarant « je n’ose imaginer ce qu’aurait été la justice actuellement si nous n’avions pas des juges d’instruction ». Sur le plan judiciaire tout est rentré provisoirement dans l’ordre par la désignation de juges d’instruction bordelais qui ont la tâche de reprendre à zéro l’instruction ; ce qui explique les convocations à Bordeaux et la récente mise en examen d’Eric Woerth pour « trafic d’influence passif » et pour « recel à raison d’une présumée remise de numéraire ».

 

Aux scandales politique et judiciaire s’est greffé un scandale policier. Pour contrer les initiatives de la Juge de Nanterre, le Procureur Courroye a fait examiner par la police les factures détaillées de quelques journalistes pour tenter d’établir un lien entre la Juge et la presse. La démarche du Procureur bafouait le droit des journalistes au secret des sources. D’où diverses saisines de juridictions pour traiter ce volet particulier du dossier. En l’état le Procureur nie avoir demandé à la police à connaitre le contenu des SMS des journalistes, mais un Commissaire de l’inspection générale des services (IGS) le contredit formellement. Toujours dans cette affaire, Monsieur Bernard Squarcini, chef du renseignement intérieur, devait être mis en examen.

 

Eric Woerth affirme haut et fort qu’il n’y a aucune preuve contre lui. Il aura peut être raison. Il sera certainement difficile d’établir le trafic d’influence pour obtenir un service et de l’argent ; aucun des protagonistes de cette affaire n’a intérêt à dévoiler la vérité : ils se tiennent tous. Il n’en demeure pas moins que l’opinion publique a jugé et que les français ont l’intime conviction que tous ces personnages qui ont gravité autour de la milliardaire ne sont guère reluisants. Cette affaire a eu le mérite de confirmer que seul un juge d’instruction, lorsqu’il est désigné,  indépendant et pugnace est à même de faire aboutir un dossier. Enfin, et il faut s’en réjouir, il est dans le projet du candidat socialiste à la présidence de la République de renforcer l’indépendance des juges à l’égard du pouvoir.

 

Retrouvez aussi la vidéo de la conférence sur la suppression des juges d’instruction organisée à Sèvres par Sèvres-Débats en 2010 à l’adresse : http://www.sevres-debats.net