La droite européenne victime à son tour de l'effet vaudou ?

Alors que le problème de la dette publique  assombrit un été déjà pourri, il semble nécessaire de rappeler certaines relations et de mesurer ensuite leurs implications dans le débat politique.

 

La relation du ratio de Dettes publiques  est :

 

DETTE t / PIB t = (DETTE t-1 * (1+r) +- solde ou déficit budgétaire ) / PIB t

(Or PIB t = PIB t-1 ( 1+c ) ).

où r est le taux d’intérêts et c le taux de croissance du PIB.

En supposant la règle d'or (donc solde budgétaire = 0) , on a donc DETTE t / PIB t  = (DETTE t-1/PIB t-1) * ( 1+r) / ( 1+c)

d'où la variation du ratio de dettes = ( 1+r) / ( 1+c)

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Tant que les taux d'emprunts (sur les marchés bancaires ou financiers) sont supérieurs au taux de croissance du PIB, le ratio de dettes publiques s'accroit .

A 50 % d endettement, on peut donc supporter des taux d' intérêts deux fois supérieurs qu'à 100 % d endettement.

Pour idées, le taux d’intérêts 10 ans de la France ( référence par rapport à la duration moyenne des emprunts de l'état)  est à 3 % approximativement comparativement une croissance espérée à 1.8 %. Il y a donc bien r > c,  d'où une dégradation automatique du solde public (malgré la règle d’or). En reprenant l’historique des taux d'emprunt, on s'aperçoit que nous sommes aujourd'hui au plus bas niveau de taux d’intérêts. Tout laisse donc à croire que les taux sont appelés à augmenter encore à l'avenir...et donc le ratio de dettes publiques à s'accroître.

On comprend mieux  le caractère critique qu'a pris ce mois d’août à chaque fois que les taux (ou plutôt ici les spreads de crédit) étaient attaqués. Un pays comme l'Italie qui est l'un des pays les plus rigoureux (ce qui peut paraître à première vue surprenant  ) de l'OCDE  a sa situation financière qui se dégrade chaque année du fait de son incapacité à dégager un taux de croissance supérieur à son taux d'emprunt.

Se pose alors la question de savoir comment on peut réduire la dette ou du moins son ratio de dettes publiques.

Une réponse tautologique peut être apportée ici en disant que si on ne peut pas réduire les taux d’intérêts, il n'y a qu'à augmenter la croissance ou baisser le stock de dettes publiques (les c  et  dette t-1 dans notre formule plus haut). Réduire la dette, c'est soit baisser les déficits ou augmenter les impôts en considérant un impact nul sur la croissance (cad en raisonnant toutes choses égales par ailleurs). Or, bien évidemment, il y a une circularité entre les relations, en baissant les dépenses publiques, on baisse aussi le PIB. Circularité qui peut dégrader une situation initiale malgré une diminution de la dette en volume si le PIB décroît plus vite. C'est toute la problématique à laquelle est confrontée la Grèce qui malgré sa politique d'austérité a une situation qui empire chaque jour.

Une politique d'austérité ne peut donc s'accompagner que d'une hausse d'impôts. Pourquoi? Car l'augmentation d’impôts a un impact moins fort sur la baisse du PIB qu'une coupe dans les dépenses publiques.C'est lié notamment à la différence de propension à consommer selon que l'on soit riche ou pas. ( les riches ayant une propension à épargner plus forte que les moins riches, l'impact d'une hausse d’impôts est donc moindre sur l'économie qu'une coupe dans les dépenses sociales pour les plus pauvres ). C'est évident pour tous les économistes, voire pour tous les financiers  ( cf la récente tribune de Warren Buffet dans le new york times http://dealbook.nytimes.com/2011/08/16/buffett-tells-congress-to-raise-taxes-on-the-rich/?scp=3&sq=warren%20buffet&st=cse )....sauf pour les droites américaines et européennes qui sont à de très rares exceptions au pouvoir partout et qui décident donc des budgets nationaux. Pourquoi cet aveuglement ?

La droite se construit depuis 30 ans sur un mythe, c'est le mythe qu'une baisse d’impôts paie pour elle même. En baissant le taux de prélèvement obligatoires, on est sensés récupérer des recettes fiscales sur des taxes directement corrélées à la croissance économique. Au cours des primaires républicaines  de l’élection américaine de 1980 qu'il perdit , Georges Bush père, en réponse à des journalistes interloqués sur cette nouvelle idéologie  fit une assertion assez surprenante : " C'est de la magie, c'est l' effet vaudou ". S'il perdit les primaires sur son concurrent Ronald Reagan, il réussit cependant à devenir colistier sur le ticket présidentiel et à lui transmettre ses talents de magicien.

Retour d'expérience d'un illusionniste : dette des USA en 1981 = 994 milliards de dollars   dette des USA en 1989 = 2800 milliards de dollars..... soit une augmentation de 189 % du déficit.

Plus globalement à chaque fois, que le républicains ont été au pouvoir depuis les années 70 ils ont toujours été plus dépensiers et fait monter la dette publique à des niveaux jamais atteint pat les démocrates. Carter + 42 % Reagan + 189% Bush père +55 % Clinton +36% Bush fils +89% ( tous les chiffres de l'OCDE ). En ce qui concerne la croissance, on retrouve exactement les chiffres inverses.( croissance de très loin supérieure sous Clinton par rapport à ses concurrents républicains).

Le paradoxe est là, on a d'un côté des politiciens qui se portent garant de la "doxa" économique et qui ont significativement les résultats les plus mauvais en termes de croissance et de dettes publiques. Mais, qui continuent sur ce crédo politico-populiste avec l' émergence des Tea Parties, du zéro impôt et de l'état léviathan.

Et ce courant fait des émules en Europe et notamment en France. Depuis le début de cette crise, Sarkozy et son gouvernement se font un point d'honneur à ne pas augmenter les impôts et à ne pas supprimer les niches fiscales. Plutôt que de donner une réponse économique à cette crise, on voit partout fleurir des slogans anti-état, poujadistes sous le couvert de l 'extrême urgence des solutions qui doivent être apportées. En Grande Bretagne, en Grèce, en Espagne, en Irlande on observe partout à la même pharmacopée défaillante.

Alors que la droite européenne est embourbée dans ses bouffées délirantes symptôme du maraboutage vaudou, cette crise représente une vraie opportunité pour la social-démocratie européenne en énonçant un message simple : la sortie de la crise se fera par la croissance, les impôts et  par l'état...ou ne se fera pas.